Peuple unique», «humanité nouvelle»

L’Eglise n’est pas d’ institution humaine. De fondation divine, elle tend à la sanctification de la personne humaine par l’Esprit, au sein de la nature humaine déjà sanctifiée par le Christ et en lui, selon son Incarnation divinisante.
1. Universalité de l’Eglise dans l’épître de saint Paul: elle unit dans l’humanité déifiée du Christ le peuple juif et tous les peuples, la tradition juive et toutes les traditions. Le Christ est l’accomplissement de toutes les voies religieuses et spirituelles. Le christianisme n’est pas une religion parmi d’autres : il est la religion universelle («peuple unique», «humanité nouvelle») à laquelle toutes les nations aspirent. Inutile donc de continuer de chercher ailleurs ce qui est accompli définitivement dans le mystère du Christ et transmis dans la succession «des prophètes et des apôtres» (Epître).
2. La dignité du chrétien dans l’Epître : «concitoyens des saints», «la maison de Dieu», «un édifice qui a pour fondations les apôtres et les prophètes, et dont la pierre d’angle est en personne Jésus Christ», «un temple saint dans le Seigneur», et à condition d’être «les uns unis aux autres», «la demeure de Dieu», «par l’Esprit saint». C’est par la foi et le baptême que l’être humain accède à cette réalité nouvelle et sublime. Ce n’est pas rien d’être chrétien !
3. Le Christ est «la pierre angulaire» (Ephésiens 2, 20 ; 1 Pierre 2, 6-7) de l’édifice de son propre Corps, ce temple non fait de main humaine qu’est l’Eglise – son Eglise. Nous chantons ce répons : «Le Seigneur est Dieu et Il nous est apparu : béni est celui qui vient au Nom du Seigneur ! La pierre qu’avaient rejeté les bâtisseurs c’est elle qui est devenue la tête d’angle et elle admirable à nos yeux !». En tant que Fondement suprême («hypostase» du Verbe devenue par l’Incarnation Hypostase de toute l’humanité), le Christ guérit, vivifie, ressuscite et sauve (ce dimanche, et les précédents). La Foi («ta foi t’a sauvée», «crois seulement et elle sera sauvée») est la reconnaissance de ce fondement divin. Elle est indispensable pour que notre religion ne soit pas une magie ou une superstition.

4. Historicité du récit de ce jour : le fait rapporté par l’évangéliste est attesté par la présence des apôtres et des parents de l’enfant que le Christ ressuscite. Ce n’est ni une belle histoire, ni même une parabole : c’est une histoire véridique. Le saint Evangile est vrai ; il est réel ; il peut être expérimenté.
5. La question du «miracle» : le miracle est l’œuvre normale de Dieu en synergie avec la foi humaine. Les miracles sont fréquents autour de nous. Dieu répond à la foi de ceux qui l’invoquent et le glorifient. Mais le miracle ne contraint pas à croire. L’Esprit saint est Celui qui nous inspire, sans l’imposer, la foi dans le Christ : que faisons-nous du miracle ? Est-ce que nous nous convertissons ? Est-ce que nous nous tournons avec foi vers le Christ ? Est-ce que, à la suite du miracle, nous changeons les pensées de notre cœur et notre mode de vie ? Est-ce que nous tirons toutes les conséquences du miracle que le Seigneur opère pour nous ? Et, ne rien changer à notre mentalité et à notre vie en réponse au miracle, n’est-ce pas l’ingratitude et la folie suprêmes ? Que dirons-nous au Christ, le Dernier jour, devant le redoutable tribunal de son amour ? Comment justifierons-nous notre ingratitude ? Et encore : comment accuser Dieu de ne pas nous exaucer quand nous le prions, alors que le miracle est l’épreuve de notre foi, et que nous ne savons pas si nous serons dignes de cet exaucement ? Si Dieu semble tarder à nous exaucer comme nous le voudrions, n’est-ce pas qu’Il redoute pour nous une chute nouvelle, un nouveau péché d’incroyance et de doute ?

6. La place de la médecine humaine : elle est bénie, et l’Eglise prie pour les médecins (fête de saint Pantaléimon notamment). Mais l’évangile de ce jour nous rappelle que le Christ est le vrai Médecin, le médecin-chef ! Nos médecins soignent de leur mieux, et nous invoquons sur eux la grâce du saint Esprit pour que soit éclairée leur intelligence et guidée leur main : mais n’oublions pas – sous peine d’ingratitude et d’ignorance caractérisée – que seul le Seigneur donne la santé, comme Il donne la vie naturelle et la vie éternelle en lui qui s’appelle le Salut. Il guérit par la main de ses médecins agissant, le sachant ou l’ignorant, de sa part ; ou bien Il guérit indépendamment d’eux, toujours en réponse à la foi de quelqu’un que nous ne connaissons pas toujours, mais qui s’est, dans le jeûne et la prière de foi, immolé charismatiquement en offrande de supplication et de louange.

archiprêtre Marc-Antoine Costa de Beauregard

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