C’est en effet en la «saint Jean d’été» que le jour va commencer à diminuer….

Le 24 juin est la fête de saint Jean le Baptiste et Précurseur. Dans l’hémisphère nord, c’est «inscrit» dans le calendrier de la nature, qu’on suive un calendrier civil ou religieux différent n’y changeant rien. C’est en effet en la «saint Jean d’été» que le jour va commencer à diminuer, jusqu’au soir de Noël, où il reprendre le chemin inverse – le soleil nous offrant une belle image de la phrase du Baptiste, parlant du Christ : Jean 3,30:

Aujourd’hui Jean nous crie: Préparez les voies du Seigneur. Il nous demande de préparer la route du Seigneur, non pas en traçant un chemin, mais par la pureté de notre Foi. Le Seigneur ne prend pas les chemins de la terre mais pénètre dans le secret du coeur. Si cette route présente quelque chose de rugueux dans les moeurs, de dur dans notre cruauté, de souillé dans notre conduite, il nous est demandé de le nettoyer, de l’aplanir, de le niveler. Ainsi, à sa venue, le Seigneur, au lieu de trébucher, trouvera un chemin balisé par la chasteté, aplani par la Foi, paré de nos aumônes. Le Seigneur a coutume de marcher sur pareille route, puisque le prophète dit: «Frayez la route au Chevaucheur des nuées, son nom est le Seigneur.» (Ps 67,5)

 Jean-Baptiste a ordonné de préparer la voie au Seigneur. Voyons quelle route il a préparée au Sauveur. De bout en bout, il a parfaitement tracé et ordonné sa voie pour l’arrivée du Christ, car il fut en tout point sobre, humble, économe et vierge. C’est en décrivant toutes ces vertus qui sont les siennes que l’évangéliste dit: «Ce Jean avait son vêtement fait de poils de chameau et un pagne de peau autour des reins; sa nourriture était de sauterelles et de miel sauvage.» (Mt 3,4) Quelle plus grande marque d’humilité chez un prophète que le mépris des vêtements moelleux pour se vêtir de poils rugueux? Quelle plus profonde marque de Foi que d’être toujours prêt, un simple pagne autour des reins, à tous les devoirs de la servitude ? Quelle marque d’abstinence plus éclatante que le renoncement aux délices de cette vie pour se nourrir de sauterelles bruyantes et de miel sauvage?
Tous ces comportements du prophète étaient à mon avis prophétiques en eux-mêmes. Quand le messager du Christ portait un vêtement rugueux, en poils de chameau, cela ne signifiait-il pas simplement que le Christ, à sa venue, revêtirait notre corps humain, au tissu épais, rugueux par ses péchés, comme s’il portait la défroque d’une bête immonde, ce qui désigne le peuple des gentils dont il assumerait la laideur? La ceinture de peau signifie que notre fragile chair, orientée, avant la venue du Christ, sur le vice, il la mènerait à la vertu. En écartant les excès de graisse, le jeûne finit par détendre la peau.

 Qu’elle est heureuse sa mort telle que nous la lisons (cfr Mt 14,6-11)! La fille d’un roi, «une joueuse de cithare» en échange du plaisir funeste qu’elle avait procuré à celui-ci, a demandé sa tête. Qu’y a-t-il d’étonnant à ce qu’une danseuse tue un prophète? Nous savons bien que la débauche est toujours l’ennemie de la justice, et que l’injustice persécute sans cesse la vérité. Or cet événement recèle un grand mystère. Cette danseuse représente la synagogue dont la lascivité a tué le Christ. Le Christ lui-même fit ce rapprochement quand il dit aux juifs: «Nous avons chanté et vous n’avez pas dansé!» (Lc 7,32). Il est facile de comprendre pourquoi on a tranché la tête de Jean. Comme le disent les Écritures, le Précurseur est la figure de la Loi ; du Christ il est écrit: «Le chef de l’homme c’est le Christ». (1 Co 11,3) Quand donc la tête de Jean est coupée de son corps, le Christ est en quelque sorte coupé des juifs, sectateurs de la Loi. Privés du Sauveur, il ne leur reste qu’une Loi mutilée et sans vie. Privés de leur tête, ils perdent le sens des choses divines.

 Il prépare les chemins du Seigneur celui qui, entre autres pratiques vertueuses, dictées par la continence, ne transgresse pas les frontières du mariage, ne souille pas, par une union adultère, la borne qui lui est fixée. Nombre de gens ont pris femme, selon la loi; puis se commettent avec des concubines, à l’encontre de la loi divine, oubliant qu’en contractant mariage ils sont liés par les liens qui lui sont propres. Qui prend femme selon la loi s’engage à respecter la loi. Celui qui se livre à l’adultère se rend coupable et trahit sa promesse.
Quelqu’un objectera: Je n’ai pas de femme, voilà pourquoi j’ai pris une petite servante. «Ecoute ce que l’Ecriture dit à Abraham: Chasse cette servante et son fils. Il ne faut pas que cette femme hérite avec le fils de la femme libre.» (Gn 21,10). Si donc le fils de la servante ne peut pas hériter, il n’est pas fils. Pourquoi chercher pareille union si le fils qui en naît ne peut hériter ni biens ni sang? Celui qui ne peut se targuer d’une naissance légitime ne peut pas revendiquer l’héritage. Pourquoi alors contracter pareille union si les fils qui naissent ne sont pas les enfants d’un mariage mais les témoins d’un adultère? Pourquoi mettre au monde des rejetons qui ne font pas honneur mais honte à leur père? L’Écriture dit, en effet: «Fils adultérins!» (Sg 3,16). Si ta compagne par sa conduite ne mérite pas de partager ta vie, elle ne mérite pas le nom d’épouse. Affranchis ta concubine, épouse-la, tu ne seras plus adultère mais mari.

 Le Chrétien qui s’est engagé à garder la chasteté dans son âme comme dans son corps, en servant le Seigneur, prépare lui aussi le chemin du Sauveur. Ils sont nombreux, en effet, ceux qui mènent une vie solitaire. Ne pouvant vivre seuls, ils cherchent la société de frères. Il s’en trouve même parmi les moines chrétiens qui préfèrent s’associer à une soeur. Au lieu de suivre un frère aîné, qui pourrait leur prodiguer de sages conseils, ils cherchent la compagnie d’une jeunesse papoteuse. Même en demeurant chaste de corps, leur âme est souillée.
Il prépare également le chemin du Seigneur, le prêtre qui vit selon l’Évangile et obéit en tout à son évêque. Il en est qui sont moins dociles, ils ont du mal à accueillir les réprimandes de leurs supérieurs et disent: «L’évêque se met dans des colères noires; il devrait être plus patient.» Ecoute un peu, excellent prêtre, tu exiges d’un évêque la patience et, de toi, tu n’exiges pas la discipline? Tu ne sais pas que, pour ton salut, il m’est permis de te réprimander quelquefois, mais il ne t’est jamais accordé de pécher? En effet l’Apôtre dit: «Insiste à temps et à contretemps, réfute.» (2 Tim 4,2). Sois donc toujours soumis à l’évêque, si tu veux qu’il soit toujours indulgent.

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